Compléments histoire

LES TEMPLIERS ET L’ORDRE DE ST JEAN DE JÉRUSALEM

– Selon l’historien Joseph Roman (1), les Templiers avaient depuis le XII° siècle à Remollon une petite commanderie qui possédait des vignes et une « maison de l’hôpital » qui fut le siège de la commanderie.
– À la suppression de l’ordre des Templiers en 1311, la commanderie de Remollon fut transférée à l’ordre des Chevaliers de St Jean de Jérusalem ; jusqu’à la Révolution, cet ordre partage la coseigneurie de Remollon, et perçoit les revenus de ses possessions dans le terroir du village.

(1) Joseph Roman Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Première partie. Grenoble (F. Allier). 1887

L’ABBAYE DE BOSCODON

– 1132 : Fondation de l’abbaye de Boscodon, de l’ordre de Chalais.
– 1140 : Giraud de Jarjaye fait don à l’abbaye d’une vigne qu’il possède à Remollon (2). Dès l’origine, l’abbaye possède donc des vignobles dans le terroir de Remollon. Elle prend ensuite possession du prieuré de Saint Pierre, qui était l’église la plus ancienne du village. Elle possédait aussi le prieuré de Saint Maurice, situé au-dessus du village, sur la montagne du même nom. L’abbé de Boscodon est prieur de Remollon; il y nomme pour le représenter un sous-prieur, et perçoit les revenus de ses domaines dans le terroir.
– 1329 : Lantelme Aynard, seigneur de Théus, donne par testament une coseigneurie de Remollon à l’abbé de Boscodon qui devient ainsi coseigneur de Remollon, et y perçoit la dîme en sus des revenus de ses possessions dans le terroir.
– 1769 : suppression de l’abbaye de Boscodon , à l’initiative de Mgr de Leyssins, archevêque d’Embrun, aux seuls motifs (peu convaincants !) de l’insuffisance des moyens et du nombre de moines (3 et 4).
Une longue procédure s’engage auprès du Parlement de Dauphiné pour obtenir le maintien de l’Abbaye. La communauté de Remollon, attachée par une tradition de plus de 600 ans à cette institution, s’associe à ces démarches. En 1778, l’assemblée consulaire du village fait état de sa joie lorsque son rétablissement fut décrété par le Parlement du Dauphiné (5), ce qui permit le retour momentané des moines dans leur abbaye.:
« dans tous les tems, cette communauté a ressenti autant que toute autre, l’importance du monastère de Boscodon, ordre de St Benoît en ce diocèse, tant par raport aux services d’un religieux de résidence en qualité de sous-prieur et d’un religieux que le monastère envoyoit au tems des festes de Pacques et de la Pentecoste dans ce lieu pour se porter au secours espirituel, et par l’avantage des places honorables que fournissoit le monastère, chef d’ordre dans la contrée, respectable par son ancienneté et la régularité des membres qui l’ont toujours composé, que par la ressource que les religieux fournissoient en cas de besoin. Aussi n’a t’on pu voir sans gémir la suppression que mgr l’archevêque d’Embrun a tenté d’en faire. On a appris avec la plus vive joye le succès de réclamation des religieux, soutenue par celle du ministère public, qui ont décidé nosseigneurs de la souveraine cour du Parlement de cette province à rendre arrêt le 13 août dernier, qui réintègre les religieux dans le monastère et la possession de leurs biens »

Manifestement très opposé à l’archevêque, le conseil délibère ensuite sur les pétitions à transmettre aux autorités pour s’opposer aux manoeuvres de Mgr de Leyssins qui persiste dans sa décision de fermer l’abbaye, et a fait appel directement au Roi : « et comme mgr de Lessin archevêque d’Embrun en a annoncé ou fait annoncer la cassation, […] le public de cette communauté en particulier ayant intérêt d’effacer les motifs vagues et supposés pour parvenir à ladite cassation, il échoit de délibérer »
Malheureusement, ce fut l’archevêque qui eut finalement gain de cause, et les biens considérables de l’abbaye (forêts, pâturages) furent partagés entre Monseigneur de Leyssins et les hôpitaux d’Embrun et de Gap.
– 1790 : les biens de l’abbaye de Boscodon à Remollon et les communes avoisinantes sont vendus comme biens nationaux.
Aujourd’hui, magnifique monument de style roman, l’abbaye de Boscodon a fait l’objet d’une restauration soignée, et son site montagnard constitue un très bel objectif d’excursion.

(2) Archives départementales des Hautes-Alpes

(3) Voir à ce sujet L’abbaye de Boscodon – Société d’Etudes des Hautes-Alpes. Gap, 1974
(4) Marcellin Fornier, Histoire générale des Alpes maritimes ou Cottiennes et particulière de leur Métropole d’Embrun – Tome 1. Réédition  H. Champion, Paris. 1891
(5) Archives Départementales des Hautes-Alpes – Délibération du 11 octobre 1778.

LE DUC DE LESDIGUIÈRES

François de Bonne, chef de guerre protestant durant les guerres de religion du 16° siècle, futur Duc de Lesdiguières et Connétable de France, a bien connu Remollon !
Sa correspondance (9) indique que durant la période des combats précédant l’Édit de Nantes, il y fit plusieurs brefs séjours (parfois seulement une nuit, entre deux chevauchées) au cours de ses multiples déplacements guerriers. Le chemin de la rive droite de la Durance, par Remollon, lui permettait de rejoindre la région de Tallard (et, au-delà, la ville de Serres, une des places fortes des Réformés) ou celle d’Embrun en évitant les alentours de Gap et de Chorges, lieux perpétuellement disputés entre catholiques et protestants.
On sait également qu’il livra tout près de Remollon, en 1574, un combat de cavalerie contre le sieur Laborel, chef des catholiques à Gap, et qu’il s’était retiré au village après la bataille.
La comptabilité de ses domaines(7) atteste par ailleurs qu’il possédait à Remollon des biens importants, et notamment des vignes qui lui procuraient des revenus substantiels en argent et en vin. La tradition populaire disant qu’il venait au village y prendre des bains de moût de raisin n’est donc peut-être pas tout à fait une légende !
Indépendamment de sa valeur militaire bien connue, on sait que François de Bonne, devenu Duc de Lesdiguières avait également un sens aigu des affaires. Bien installé dans le Champsaur, sa région natale (voir ci-contre une gravure montrant les ruines de son château au village du Glaizil), doté de pratiquement tous les pouvoirs sur la région (on le surnommait le «roi du Dauphiné»), il en abusait parfois comme le montre l’extrait ci-dessous de sa correspondance (9) daté du 17 février 1619. Par cette lettre, il obligeait les habitants du Champsaur de n’acheter de vin que celui qu’il récoltait à Remollon… !
« Le seigneur de Lesdiguières, duc de Chansaur, maréchal de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Dauphiné :
Nous ordonnons bien expressemment à tous nous sugets du Chansaur et autres qui font voyture du cousté dudict Chansaur, de n’an achepter point d’autre que de celuy que nous avonts à Remoulon et auprès, comme qu’ils l’acheptent des autres ; et à tous les houstes dudict Chansaur despuis le col de Sainct Guigues, le col de Manse et d’Anselle, de n’en achepter point d’autre jusques à ce qui soyt entièrement débité, à peyne aux contrevenants de confiscation dudict vin et [saisie] de leur bestail et vin, jusqu’à ce que par nous en soyt autrement ordonné ; cometant à cet efet Jacque Gouber, soldat de nous gardes ou Brunet (8) quy a la charge de la desbite dudict vin, duquel prandront [ordre].
Fet à Grenoble le 17 février 1619.
Signé Lesdiguières, par mondit seigneur Brémont »

Heureusement pour nos amis Champsaurains, et (si l’on ose…) à la décharge de Lesdiguières, le vin en question était déjà fort renommé !

(6) Cte Douglas et J. Roman. Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières. E. Allier, Grenoble. 1878
(7) Bibliothèque Municipale de Grenoble
(8) Il ressort de la comptabilité de Lesdiguières que le sieur Brunet était le régisseur de ses possessions à Remollon.

PERSONNALITÉS LOCALES

Jean Allard : Issu « d’une famille noble de Remollon était avant 1578 ambassadeur pour le roi de France en Suède » (3)
Augustin Colomb : Avocat à Remollon, il fut plusieurs fois premier consul du village sous l’ancien régime. En 1788 il est élu représentant de l’élection de Chorges pour participer aux assemblées des États Généraux de Vizille. En 1790, il fut en janvier, avec Paul Faure, le dernier consul de Remollon, avant de céder la place le 24 janvier à Joseph Vieux, premier maire républicain de la commune.
Jean-Baptiste Vieux : Chirurgien à Remollon, il est élu par l’administration du département, chirurgien major du bataillon des grenadiers et chasseurs formé à Gap (loi du 25 juillet 1792).

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